{"id":2230,"date":"2025-01-07T11:21:24","date_gmt":"2025-01-07T10:21:24","guid":{"rendered":"https:\/\/convivialthinking.org\/?page_id=2230"},"modified":"2025-01-17T09:19:10","modified_gmt":"2025-01-17T08:19:10","slug":"appropriation-appreciative","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/convivialthinking.org\/index.php\/appropriation-appreciative\/","title":{"rendered":"Appropriation appr\u00e9ciative des aspects culturels?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00e9crit par Bruni Sonne<\/em><\/p>\n<p>(Ce texte est \u00e9galement disponible en <a href=\"https:\/\/convivialthinking.org\/index.php\/wertschatzende-aneignung\/\">allemand<\/a> et en <a href=\"https:\/\/convivialthinking.org\/index.php\/2025\/01\/07\/appreciative-appropriation\/\">anglais<\/a>.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis <em>blanche<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><strong>[1]<\/strong><\/a><\/em>, allemande, de sexe f\u00e9minin et, dans l&#8217;ensemble, assez privil\u00e9gi\u00e9e<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, d\u00e9j\u00e0 en Allemagne &#8211; et d&#8217;autant plus \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle mondiale. J&#8217;ai port\u00e9 des dreadlocks pendant six ans et en plus tr\u00e8s souvent des v\u00eatements en tissu africain. Maintenant, tu peux en principe arr\u00eater de lire et me taxer imm\u00e9diatement de raciste. Mon p\u00e9ch\u00e9 : appropriation culturelle<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ou tu peux continuer \u00e0 lire et apprendre \u00e0 me conna\u00eetre un peu en tant que personne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je constate que les personnes <em>blanches <\/em>portant des dreadlocks peuvent manifestement blesser des personnes Noires, en particulier en Allemagne\/dans le Nord global. Cela n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 mon intention et je suis vraiment d\u00e9sol\u00e9e d&#8217;avoir provoqu\u00e9 des blessures chez certaines personnes Noires en portant des dreadlocks. Il est important pour moi de souligner qu&#8217;avec ce blog, je ne souhaite pas relativiser les blessures que les personnes <em>blanches <\/em>portant des dreadlocks provoquent chez certaines personnes Noires. Je ne veux pas non plus les comparer \u00e0 ma propre vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e9motionnelle sur ce sujet. En outre, je tiens \u00e0 souligner que je ne veux absolument pas nier qu&#8217;il existe une forme n\u00e9gative d&#8217;appropriation culturelle, notamment (mais pas exclusivement) dans le contexte de l&#8217;exploitation capitaliste, ce qui est particuli\u00e8rement \u00e9vident. Mais ne peut-il pas y avoir aussi des formes positives, valorisantes et conscientes du contexte, d&#8217;appropriation d&#8217;aspects ou de symboles d&#8217;autres cultures ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je n&#8217;ai pas la pr\u00e9tention de savoir o\u00f9 exactement tracer la limite, mais je veux souligner que je per\u00e7ois le monde comme plus complexe, avec un spectre entre l&#8217;appropriation culturelle n\u00e9ocoloniale, raciste, ignorante et les formes valorisantes d&#8217;appropriation d&#8217;aspects d&#8217;autres cultures, et que je souhaitais ne pas \u00eatre jug\u00e9e globalement et de mani\u00e8re h\u00e2tive, sans que les gens ne me connaissent et ne connaissent mes motivations. C&#8217;est pourquoi je te prie de m&#8217;excuser si, pour illustrer mon propos, le reste du texte tourne assez fortement autour de mon histoire personnelle. Non, je ne me consid\u00e8re pas comme le nombril du monde et il y a des milliers de probl\u00e8mes plus importants que cette histoire. C&#8217;est pourquoi il m&#8217;a fallu des ann\u00e9es pour \u00e9crire ce texte, j&#8217;ai trop longtemps essay\u00e9 de minimiser le sujet \u00e0 mes propres yeux. Mais le fait est que cela me pr\u00e9occupe depuis longtemps. Alors il est peut-\u00eatre temps de donner de l\u2019espace \u00e0 cette perspective&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 17 ans, j&#8217;ai d\u00e9couvert Tiken Jah Fakoly en cours de fran\u00e7ais et j\u2019en suis tomb\u00e9e amoureuse. Aujourd&#8217;hui encore, c&#8217;est mon artiste pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de tous les temps. En traduisant les paroles de ses chansons, j&#8217;ai peaufin\u00e9 mon fran\u00e7ais. J\u2019ai aussi pour la premi\u00e8re fois, appris \u00e0 conna\u00eetre une perspective africaine (assez politis\u00e9e) sur le continent et j\u2019ai d\u00e9couvert un amour timide pour (co)chanter. Mais surtout, j&#8217;ai r\u00e9pondu \u00e0 son appel : &#8221; Viens Voir, toi qui parles sans savoir, l&#8217;Afrique n&#8217;est pas ce qu&#8217;on te fait croire &#8220;. Apr\u00e8s avoir pass\u00e9 mon bac dans une petite ville ais\u00e9e \u00e0 majorit\u00e9 <em>blanche<\/em>, je suis partie six mois au S\u00e9n\u00e9gal, en volontariat. Aujourd&#8217;hui, je porte pour diverses raisons un regard assez critique sur le volontariat en g\u00e9n\u00e9ral,. Mais je suis tout de m\u00eame reconnaissante pour ce premier s\u00e9jour qui a marqu\u00e9 ma vie comme peu d&#8217;autres choses. Je suis reconnaissante envers mon &#8216;kharitu bu ben bakan&#8217;, mon meilleur ami et fr\u00e8re d&#8217;accueil de l&#8217;\u00e9poque, M., qui m&#8217;a rendu visite plusieurs fois en Allemagne par la suite. Je suis reconnaissante envers ma famille d&#8217;accueil, \u00e0 qui j&#8217;ai rendu visite \u00e0 plusieurs reprises depuis. Je suis reconnaissante pour la poign\u00e9e d&#8217;amiti\u00e9s qui ont en quelque sorte perdur\u00e9 depuis cette \u00e9poque. Reconnaissante d&#8217;\u00eatre devenue, il y a deux ans, marraine du premier enfant d&#8217;un bon ami de l&#8217;\u00e9poque. Mais surtout, ces six mois ont chang\u00e9 mon regard sur le monde. Il para\u00eet que j&#8217;avais d\u00e9j\u00e0 un sens aigu de la justice quand j&#8217;\u00e9tais enfant et que m\u00eame \u00e0 l&#8217;\u00e9cole, je m&#8217;int\u00e9ressais aux th\u00e8mes de la justice. Ainsi l&#8217;\u00e9thique \u00e9tait ma mati\u00e8re pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e. Cependant, j&#8217;\u00e9tais alors dans un contexte totalement d\u00e9politis\u00e9. Au S\u00e9n\u00e9gal, j&#8217;ai pris conscience de l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 criante entre les riches et les pauvres, non seulement en th\u00e9orie, mais aussi au niveau du ressenti, ce qui m&#8217;a politis\u00e9 pour toujours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00eame apr\u00e8s avoir s\u00e9journ\u00e9 neuf fois au S\u00e9n\u00e9gal pour des dur\u00e9es diff\u00e9rents, et plusieurs ann\u00e9es de relations avec des compagnons s\u00e9n\u00e9galais, je continue d&#8217;apprendre de nouvelles choses. Je trouve que certaines de ces qualit\u00e9s manquent en Allemagne. Je suis \u00e9galement reconnaissante pour les le\u00e7ons s\u00e9n\u00e9galaises sur la patience et surtout sur le partage. Je ne pr\u00e9tends pas que ce dernier point en particulier ait \u00e9t\u00e9 facile &#8211; grandir dans une soci\u00e9t\u00e9 hautement individualiste et capitaliste ne s\u2019enl\u00e8ve pas du jour au lendemain. Je veux encore moins dire que j\u2019ai fini d\u2019apprendre sur la soci\u00e9t\u00e9 s\u00e9n\u00e9galaise et sur les valeurs de partage. Le S\u00e9n\u00e9gal a \u00e9galement chang\u00e9 mon id\u00e9al de beaut\u00e9 : Une plus grande appr\u00e9ciation de mes courbes ainsi que des poils de mes jambes et, plus tard, de mes aisselles. Cela s&#8217;est accompagn\u00e9 de la d\u00e9couverte d&#8217;une esth\u00e9tique nouvelle pour moi, que j&#8217;ai observ\u00e9e tout autour de moi : des tissus africains, le port de nombreux bijoux (par exemple des boucles d&#8217;oreilles, plus un collier, plus des bracelets, plus des bagues), des tresses, des dreadlocks, plus rarement des afros et, enfin, diff\u00e9rentes nuances de peau Noire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s mon premier voyage, la culture du don a commenc\u00e9 : Des coll\u00e8gues, des ami-e-s, parfois des vendeurs\/-euses m&#8217;ont offert des v\u00eatements, des tissus et des bijoux s\u00e9n\u00e9galais \/ (ouest)africains. Au moment de partir, ma famille d&#8217;accueil en a fait autant. De plus, je m&#8217;achetais moi-m\u00eame des tissus que je faisais transformer par mon ami et tailleur M. aujourd&#8217;hui d\u00e9c\u00e9d\u00e9 (que son \u00e2me repose en paix). D&#8217;abord en mod\u00e8les de mon imagination, puis plut\u00f4t en v\u00eatements adapt\u00e9s \u00e0 la mode locale. Mais j&#8217;ai aussi re\u00e7u du tissu d&#8217;une coop\u00e9rative de femmes avec la demande de me faire confectionner une &#8216;taille basse&#8217; (haut, jupe jusqu&#8217;au sol, \u00e9ventuellement avec un foulard s\u00e9n\u00e9galais) pour leur f\u00eate. Une fois sur place, j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 en quelque sorte gris\u00e9e de voir que toutes les femmes, moi y compris, portaient le m\u00eame tissu, mais dans des mod\u00e8les l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rents. Puis un bref choc, j&#8217;ai eu bri\u00e8vement l&#8217;impression de me voir, mais ce n&#8217;\u00e9tait qu&#8217;une autre femme <em>blanche <\/em>avec forc\u00e9ment la m\u00eame tenue, une silhouette similaire et les m\u00eames lunettes de soleil. Bien s\u00fbr, m\u00eame apr\u00e8s plusieurs mois, je savais que je n&#8217;\u00e9tais qu&#8217;une invit\u00e9e dans ce pays, m\u00eame mon wolof de conversation ne pouvait pas le cacher. Mais je ne m&#8217;attendais pas \u00e0 ce que ma peau <em>blanche <\/em>se distingue autant dans une foule Noire<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour la Tabaski, la f\u00eate du sacrifice, je me suis fait tresser de fines nattes. Mes dreadlocks n&#8217;ont suivi que quelques ann\u00e9es plus tard. Tout cela faisait partie d&#8217;une approche de cette esth\u00e9tique que je d\u00e9couvrais et qui, pour moi, n&#8217;est pas d\u00e9tach\u00e9e mais fait partie de la culture et de la soci\u00e9t\u00e9. Bien entendu, je n&#8217;ai pas pour objectif de devenir Noire. Je suis <em>blanche <\/em>et je le serai toujours. Mais je ressens le besoin d&#8217;une certaine forme de rapprochement, d&#8217;int\u00e9gration (?) dans la soci\u00e9t\u00e9 s\u00e9n\u00e9galaise. Pour cela, je continue d&#8217;apprendre la principale langue v\u00e9hiculaire, le wolof.\u00a0 Je pose beaucoup de questions \u00e0 mes plus proches confident-e-s s\u00e9n\u00e9galais-e-s et je montre mon appr\u00e9ciation du pays d&#8217;accueil, notamment en m&#8217;adaptant sur le plan vestimentaire et en m&#8217;effor\u00e7ant de participer \u00e0 la culture du don et de pratiquer la culture de l&#8217;hospitalit\u00e9 (tout comme en Allemagne). Bien s\u00fbr, cela ne veut pas dire que je trouve tout super dans la culture s\u00e9n\u00e9galaise sans exception, mais je ne le fais pas non plus en Allemagne. Et c&#8217;est aux S\u00e9n\u00e9galais-e-s de juger si je suis une bonne \u00e9l\u00e8ve ou une \u00e9l\u00e8ve moyenne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le fait est que le S\u00e9n\u00e9gal m&#8217;a chang\u00e9. Le S\u00e9n\u00e9gal est devenu une partie de moi. Bien s\u00fbr, cela ne fait pas de moi une S\u00e9n\u00e9galaise, mais je ne peux pas imaginer effacer un jour le S\u00e9n\u00e9gal de ma vie. Ni les amiti\u00e9s, ni certains aspects de la \/ des culture(s), ni les nombreuses le\u00e7ons que le S\u00e9n\u00e9gal m&#8217;a apprises depuis tout de m\u00eame plus de dix ans.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais mon premier s\u00e9jour a aussi soulev\u00e9 de nombreuses questions. Par exemple, d&#8217;o\u00f9 vient l&#8217;in\u00e9galit\u00e9 qui s\u00e9vit dans le monde ? C\u2019est en essayant d&#8217;y r\u00e9pondre que j&#8217;ai choisi ma mati\u00e8re de licence et de master et, dans ce cadre, j&#8217;ai pu me pencher sur la critique de la coop\u00e9ration au d\u00e9veloppement, y compris le post-d\u00e9veloppement, ainsi que sur les perspectives post-coloniales, y compris dans notre syst\u00e8me \u00e9conomique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne ferai que \u00e9voquer mes prochains s\u00e9jours en Afrique de l&#8217;Ouest, sinon vous liriez probablement ce blog jusqu\u2019\u00e0 apr\u00e8s-demain. Je suis donc retourn\u00e9e plusieurs fois au S\u00e9n\u00e9gal dans diff\u00e9rents contextes (visites, voyages, stages, recherche) et dans quelques autres pays d&#8217;Afrique de l&#8217;Ouest (Gambie, B\u00e9nin, Togo, Burkina Faso, Niger). Le S\u00e9n\u00e9gal est cependant rest\u00e9 le pays de mon c\u0153ur. Quelques ann\u00e9es plus tard, pendant les deux derniers mois d&#8217;un s\u00e9jour de neuf mois au B\u00e9nin, j&#8217;ai interview\u00e9 des personnes qui s&#8217;identifiaient comme rastas. A l&#8217;\u00e9poque, j&#8217;avais d\u00e9j\u00e0 des dreadlocks depuis quelques mois et je voulais notamment en savoir plus sur les raisons de cette coiffure. Bien entendu, je me suis \u00e9galement demand\u00e9 comment les rastas Noir-e-s me percevraient en tant que personne blanche portant des dreadlocks. Je n&#8217;ai pas \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e une seule fois (du moins, on ne me l&#8217;aurait pas communiqu\u00e9). Moi, je ne me suis jamais identifi\u00e9e comme rasta, j&#8217;ai juste fait savoir que j&#8217;\u00e9tais curieuse de savoir plus sur ce que cela signifiait d&#8217;\u00eatre rasta. Ces interviews m\u2019ont amen\u00e9 \u00e1 sympathiser avec les rastas. C\u2019\u00e9taient plusieurs de mes interlocuteurs\/-trices qui m&#8217;ont attribu\u00e9 le fait d&#8217;\u00eatre rasta, d&#8217;une mani\u00e8re inclusive et accueillante. Cela m&#8217;a beaucoup surpris, mais je me suis sentie heureuse et bienvenue, alors que je n&#8217;ai jamais eu la pr\u00e9tention de m&#8217;attribuer cette cat\u00e9gorie identitaire complexe (mais tout \u00e0 fait h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne). En discutant, il est aussi apparu clairement que pour certains B\u00e9ninois-es, porter des dreadlocks est une question de style et d\u2019esth\u00e9tique. Alors pas forc\u00e9ment li\u00e9 \u00e0 la spiritualit\u00e9 et\/ou au rastafarisme. Pour d&#8217;autres, il s&#8217;agit d&#8217;un lien spirituel, comme c\u2019est le cas des Rastas ou de la majorit\u00e9 des locks\u00e9-e-s au S\u00e9n\u00e9gal et en Gambie. Il s\u2019agit d\u2019un lien spirituel avec leur religion de Bayefall \/ Yayefall, un courant musulman soufi dont les adeptes portent souvent des dreadlocks.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand je suis en Allemagne, j&#8217;ai beaucoup d&#8217;ami-e-s de la diaspora africaine autour de moi, ceux et celles qui ont particip\u00e9 \u00e0 mes f\u00eates en ont certainement eu un aper\u00e7u. En outre, je m&#8217;organise politiquement dans diff\u00e9rents contextes avec des Africain-e-s en partie r\u00e9fugi\u00e9-e-s et en partie \u00e9tudiant-e-s en Allemagne sur des th\u00e8mes tels que la lutte contre le n\u00e9ocolonialisme et la libert\u00e9 de mouvement. Je suis souvent appr\u00e9ci\u00e9e pour ma personne et compliment\u00e9e sur mon apparence &#8220;africanis\u00e9e&#8221;.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et boum, un jour, le d\u00e9bat sur l&#8217;appropriation culturelle a fait irruption dans mon esprit. Et puis il a fallu encore un bon moment (= plusieurs ann\u00e9es) et de nombreux monologues int\u00e9rieurs pour que mes dreadlocks tombent &#8211; avec la promesse faite \u00e0 moi-m\u00eame que mes v\u00eatements en tissu africain et mes bijoux resteraient. La peur de me perdre \u00e9tait trop grande. Maintenant que j&#8217;avais depuis longtemps perdu mon c\u0153ur pour le S\u00e9n\u00e9gal et que le S\u00e9n\u00e9gal \u00e9tait devenu une partie de moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant les deux ann\u00e9es qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 ma prise de ciseaux, certaines situations ne m&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 faciles. Des situations dans lesquelles je me serais sentie \u00e0 l&#8217;aise autrement : Me rendre \u00e0 une r\u00e9union de r\u00e9seautage postcolonial de toute l&#8217;Allemagne (par peur d&#8217;\u00eatre rejet\u00e9e, je suis rest\u00e9e timide, surtout vis- \u00e0-vis des participants BPOC<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>); Animer une discussion avec un invit\u00e9 Noir de Berlin Postkolonial (j&#8217;ai demand\u00e9 au pr\u00e9alable s&#8217;il \u00e9tait d&#8217;accord d&#8217;\u00eatre anim\u00e9 par une femme blanche portant des locks, ce \u00e0 quoi il a affirmativement \u00e0 mon grand soulagement r\u00e9pondu); Me rendre \u00e0 un festival BPOC dans ma ville (entre-temps, j&#8217;ai eu le sentiment douteux de percevoir des ondes de rejet et j&#8217;ai demand\u00e9 \u00e0 l&#8217;ami namibien qui m&#8217;accompagnait \u00e0 l&#8217;\u00e9v\u00e9nement de sortir bri\u00e8vement de l\u2019endroit avec moi); Faire partie du bloc antiraciste de la manifestation Unteilbar (indivisible) \u00e0 Berlin et lire le discours d&#8217;un compagnon de lutte congolais (je me suis r\u00e9fugi\u00e9e dans le bloc sant\u00e9). Donc en particulier des situations (politis\u00e9es) avec des personnes Noires que je ne connais pas et dont je ne sais \u00e0 premi\u00e8re vue quelle est leur position par rapport aux locks\u00e9-e-s blanc-he-s. Selon si elles\/ils sont socialis\u00e9-e-s en Allemagne (ce qui ne doit toutefois pas \u00eatre imm\u00e9diatement visible), je compte sur un potentiel de rejet plus \u00e9lev\u00e9 &#8211; si par contre ils\/elles sont socialis\u00e9-e-s sur le continent africain, je compte sur un faible potentiel de rejet de ma personne (toujours \u00e0 premi\u00e8re vue).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien s\u00fbr, cela ne veut pas dire que certaines personnes Noires par contre n&#8217;ont pas eu de mal \u00e0 g\u00e9rer ma pr\u00e9sence, c&#8217;\u00e9tait peut-\u00eatre m\u00eame parfois beaucoup plus difficile. Il y a certainement beaucoup de choses que je n&#8217;ai pas per\u00e7ues, ou parfois seulement des vibrations dont je ne pouvais pas \u00eatre s\u00fbre qu&#8217;elles avaient quelque chose \u00e0 voir avec mes dreadlocks blanches. J&#8217;ai rarement re\u00e7u des r\u00e9actions n\u00e9gatives explicites au cours de ces six ann\u00e9es. Une seule fois, une critique collective lors d&#8217;une r\u00e9union pl\u00e9ni\u00e8re d&#8217;un camp sur le climat o\u00f9 une activiste Noire a dit qu&#8217;elle ne se sentait pas \u00e0 l&#8217;aise avec toutes ces personnes blanches portant des dreadlocks. Suite \u00e0 cela, j&#8217;ai attach\u00e9 un foulard autour de mes cheveux pour les jours restants. Bien s\u00fbr, je ne veux pas qu&#8217;elle se sente mal \u00e0 l&#8217;aise \u00e0 cause de moi. Et oui, il est ambivalent que je n&#8217;ai pas tir\u00e9 ces cons\u00e9quences au-del\u00e0, car je ne peux pas savoir pour qui ma pr\u00e9sence repr\u00e9sente encore une g\u00eane. Ensuite, un feedback individuel \u00e0 mon \u00e9gard dans le cadre d&#8217;une conf\u00e9rence scientifique en ligne. La conf\u00e9renci\u00e8re Noire allemande a dit qu&#8217;elle n&#8217;avait pas pu se concentrer sur ma question parce qu&#8217;elle se demandait tout le temps, si elle voyait bien &#8211; si j&#8217;\u00e9tais vraiment blanche avec des dreadlocks et des v\u00eatements africains? (implicitement, elle voulait sans doute dire aussi : et que je me trouve surtout dans une conf\u00e9rence postcoloniale et \u00e0 orientation antiraciste). Cette exp\u00e9rience m&#8217;a particuli\u00e8rement affect\u00e9e et a certainement contribu\u00e9 \u00e0 ma d\u00e9cision finale.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-2224\" src=\"https:\/\/convivialthinking.org\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/IMG_20230427_192905-002-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/convivialthinking.org\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/IMG_20230427_192905-002-300x225.jpg 300w, https:\/\/convivialthinking.org\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/IMG_20230427_192905-002-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/convivialthinking.org\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/IMG_20230427_192905-002-768x576.jpg 768w, https:\/\/convivialthinking.org\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/IMG_20230427_192905-002-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/convivialthinking.org\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/IMG_20230427_192905-002-2048x1536.jpg 2048w, https:\/\/convivialthinking.org\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/IMG_20230427_192905-002-640x480.jpg 640w, https:\/\/convivialthinking.org\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/IMG_20230427_192905-002-1200x900.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 85vw, 300px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je pense que de telles r\u00e9actions de rejet des dreadlocks blanches s&#8217;expliquent avant tout par les traces du colonialisme europ\u00e9en (y compris allemand) sur le continent africain. A l&#8217;\u00e9poque coloniale, les cultures, le savoir et l&#8217;esth\u00e9tique africains ont \u00e9t\u00e9 syst\u00e9matiquement rejet\u00e9s et d\u00e9valoris\u00e9s par les colonisatrices\/teurs europ\u00e9en-ne-s. Dans le cadre de ce qu&#8217;on appelle perversement des &#8220;missions de civilisation&#8221;, m\u00eame les coiffures africaines naturelles comme les afros et les dreadlocks ont \u00e9t\u00e9 discr\u00e9dit\u00e9es et devaient \u00eatre \u201eapprivois\u00e9es\u201c. C&#8217;est-\u00e0-dire liss\u00e9es ou coup\u00e9es. Et ce n&#8217;est que gr\u00e2ce \u00e0 de telles adaptations que l&#8217;on a pu progresser dans le syst\u00e8me existant (o\u00f9 l&#8217;on esp\u00e9rait peut-\u00eatre avoir une certaine influence). Dans le syst\u00e8me actuel aussi, les personnes Noires portant des dreadlocks sont toujours discrimin\u00e9es. Le fait que l&#8217;\u00e9poque coloniale est loin d&#8217;\u00eatre r\u00e9volue semble d\u00e9sormais faire partie int\u00e9grante de la soci\u00e9t\u00e9, m\u00eame en Allemagne, m\u00eame si la plupart des gens n&#8217;ont certainement pas conscience du chemin qu&#8217;il reste \u00e0 parcourir pour parvenir \u00e0 la d\u00e9colonisation (je ne veux \u00e9videmment pas m&#8217;en exclure).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je tiens ici \u00e0 remercier les diff\u00e9rents ami-e-s africain-e-s avec lesquel-le-s j&#8217;ai discut\u00e9 du sujet. Parfois de mani\u00e8re d\u00e9sinvolte, parfois de mani\u00e8re plus approfondie et dont j&#8217;ai re\u00e7u beaucoup de soutien pour le port de mes dreadlocks et de mes v\u00eatements ainsi que des irritations sur la position de l&#8217;appropriation culturelle par rapport aux locks blancs. Certains d&#8217;entre vous ont ensuite trouv\u00e9 explicitement regrettable que le d\u00e9bat m&#8217;ait finalement pouss\u00e9e \u00e0 prendre les ciseaux. Et un grand merci \u00e0 S. pour avoir \u00e9t\u00e9 l\u00e0, en tant qu&#8217;amie et personne antiraciste pendant les derniers mois lorsque la d\u00e9cision \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 prise mais qu\u2019il fallait m\u2019y pr\u00e9parer mentalement. Tu as accompagn\u00e9 ma lutte \u00e9motionnelle avec amour et esprit critique quand un chaos \u00e9motionnel r\u00e9gnait en moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vers la fin, j&#8217;aimerais partager avec vous une petite anecdote : Une militante politique blanche qui se rend r\u00e9guli\u00e8rement au Mali m&#8217;a racont\u00e9 qu&#8217;au Mali, des militantes maliennes lui ont demand\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises de s&#8217;habiller en malien et lui ont offert des tissus \u00e0 cet effet, mais qu&#8217;elle avait des r\u00e9ticences \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 cette demande &#8211; \u00e0 cause des d\u00e9bats sur l&#8217;appropriation culturelle qu&#8217;elle connaissait depuis l\u2019Allemagne. Je ne peux pas m&#8217;imaginer que tous les d\u00e9fenseur-e-s de l&#8217;accusation d&#8217;appropriation culturelle aient pour objectif que les blanc-he-s refusent les cadeaux de v\u00eatements, de tissus, de bijoux du Sud? Et si cela nous est offert, je partirais du principe que l&#8217;on souhaite \u00e9galement que nous portions ces cadeaux ? Et bien s\u00fbr, les cadeaux voyagent avec la valise jusqu&#8217;en Allemagne. Aurons-nous alors moins le droit de les porter l\u00e0-bas que sur le continent africain ? Devons-nous laisser de si beaux objets dans l&#8217;armoire ? Il y a trois ans, une de mes anciennes colocataires s&#8217;est d\u00e9barrass\u00e9e de tous les v\u00eatements qu&#8217;elle avait port\u00e9s pendant son ann\u00e9e au Ghana en raison du d\u00e9bat sur l&#8217;appropriation culturelle. Et la plupart d&#8217;entre eux sont maintenant dans mon armoire&#8230; Je n&#8217;ai jamais port\u00e9 de taille basse s\u00e9n\u00e9galaise en Allemagne, sauf lors d&#8217;une conf\u00e9rence avec nos partenaires internationaux. L\u00e0, j\u2019ai port\u00e9 la taille basse qu&#8217;une des organisations partenaires s\u00e9n\u00e9galaises m&#8217;avait offerte lors de ma derni\u00e8re visite. Je porte cependant assez souvent au quotidien des v\u00eatements en tissus africains qui sont un peu moins flamboyant pour le contexte allemand, ainsi que des bijoux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et maintenant ? Depuis quelques ann\u00e9es, j&#8217;ai de plus en plus envie de m&#8217;installer au S\u00e9n\u00e9gal. J&#8217;esp\u00e8re pouvoir le faire dans un avenir pas trop lointain. Et une petite raison, je pense, est que j&#8217;ai le sentiment de ne pas pouvoir \u00eatre vraiment moi ici en Allemagne. En tout cas pas avec ma connexion s\u00e9n\u00e9galaise ressentie (y compris mon souhait de la visualiser sur mon corps) dans un environnement antiraciste et politis\u00e9 &#8211; donc pr\u00e9cis\u00e9ment l&#8217;environnement dans lequel je me sens\/voudrais me sentir politiquement chez moi. Et pour \u00eatre honn\u00eate, je dois admettre que j&#8217;aimerais bien me laisser repousser des dreadlocks une fois install\u00e9e au S\u00e9n\u00e9gal. Je justifie devant moi- m\u00eame en disant que, d&#8217;apr\u00e8s mon exp\u00e9rience, elles peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme un affront en Allemagne, alors qu&#8217;au S\u00e9n\u00e9gal et dans les autres pays africains que j&#8217;ai visit\u00e9s, je ne l&#8217;ai jamais ressenti comme \u00e7a au cours de toutes ces ann\u00e9es. Et m\u00eame apr\u00e8s trois ans de coupage et peignage de mes dreadlocks, elles me manquent encore r\u00e9guli\u00e8rement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu&#8217;est-ce que je veux dire avec ce texte ? &#8211; C\u2019est une question pos\u00e9e par l\u2019\u00e9ditrice de ce blog. Je pense que dans le meilleur des cas, j&#8217;esp\u00e8re susciter un peu plus d&#8217;empathie avec moi lorsque tu me verras (en particulier en tant que personne Noire critique \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des personnes blanches portant des dreadlocks). Tu me verras peut-\u00eatre quand je serai en vacances en Allemagne, avec mes dreadlocks et mes v\u00eatements en tissu africain. Et peut-\u00eatre na\u00efvement, j&#8217;esp\u00e8re qu&#8217;un jour ce ne sera plus le cas, que ce dilemme des blessures nous divisera. Je ne sais pas si tu penses que nous devons d&#8217;abord vivre dans un monde largement exempt de racisme. Je crains que cela ne prenne beaucoup de temps, mais travaillons tout de m\u00eame dans ce sens !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ok, mon \u00e9ditrice aimerait une d\u00e9claration plus politique, et elle a raison&#8230; Bien s\u00fbr, la conclusion de mon texte ne doit pas \u00eatre &#8216;fais une exception avec moi&#8217; ni &#8216;fais une exception avec tous les autres <em>blanc-he-s <\/em>qui ont \u00e9tabli un lien &#8220;suffisamment profond&#8221; avec un autre pays. Premi\u00e8rement, une telle conclusion devrait \u00e9galement s&#8217;appliquer aux personnes BPOC qui se sentent li\u00e9es \u00e0 d&#8217;autres pays\/cultures (ou pas tout \u00e0 fait, car les asym\u00e9tries de pouvoir y sont diff\u00e9rentes, m\u00eame si elles ne sont souvent pas non plus exemptes de hi\u00e9rarchie). Et deuxi\u00e8mement, je ne veux pas plaider pour des exceptions bas\u00e9es sur l&#8217;attachement \u00e9motionnel car cela ne se voit pas et laisse donc de nombreuses questions pratiques sans r\u00e9ponse. Je me suis bas\u00e9 sur mon propre exemple pour illustrer le fait que, pour certaines raisons (qui, je l&#8217;esp\u00e8re, sont devenues au moins partiellement compr\u00e9hensibles), il est tout sauf facile pour certains d&#8217;entre nous, <em>Blanc-he-s <\/em>comme BPOC, de r\u00e9pondre aux exigences des d\u00e9fenseur-e-s du d\u00e9bat sur l&#8217;appropriation culturelle de se d\u00e9barrasser syst\u00e9matiquement des signes ext\u00e9rieurs d&#8217;une certaine nation\/culture\/r\u00e9gion\/etc. \u00e0 laquelle nous nous sentons li\u00e9-e-s et dont nous aimerions visualiser l&#8217;appr\u00e9ciation. Et si nous pouvions nous mettre d&#8217;accord sur ce point, je serais en tout cas d\u00e9j\u00e0 assez heureuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, je me demande alors ce que je vais faire des boucles d&#8217;oreilles que ma coll\u00e8gue mexicaine m&#8217;a rapport\u00e9es de ses vacances au pays; Des deux robes que des ami-e-s, un couple\u00a0 somalien, m&#8217;a rapport\u00e9es du Kenya; De la jupe probablement indienne qu&#8217;un ami b\u00e9ninois m&#8217;a rapport\u00e9e et offerte de la friperie de Cotonou, o\u00f9 il y a un rayon Inde, etc. Ici, il me serait beaucoup, beaucoup plus facile de renoncer car je ne ressens pas de lien particulier avec ces pays. Mais dois-je pour autant refuser les cadeaux ? Ou dois-je les accepter poliment et ne pas les porter ? Cela ne peut pas non plus \u00eatre le but, n\u2019est-ce pas ? M\u00eame si certaines dynamiques autour du d\u00e9bat sur l&#8217;appropriation culturelle me semblent absurdes, je souhaite rester suffisamment humble pour ne pas proclamer &#8220;la v\u00e9rit\u00e9&#8221; mais seulement ma perspective subjective, qui est finalement plus \u00e9motionnelle que factuelle. En cons\u00e9quence, je me sens vuln\u00e9rable \u00e0 l&#8217;id\u00e9e de publier ce texte et c&#8217;est pourquoi j&#8217;ai choisi de rester anonyme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, il ne fait aucun doute pour moi que nous devons travailler d&#8217;urgence en Allemagne pour permettre aux personnes BPOC de porter des v\u00eatements ou d&#8217;autres signes ext\u00e9rieurs issus de leur(s) propre(s) culture(s) non allemande(s) ou non d&#8217;Europe centrale\/occidentale, ou de celle de leurs parents\/anc\u00eatres, sans devoir pour cela faire face \u00e0 des st\u00e9r\u00e9otypes racistes tels que &#8220;l&#8217;arri\u00e9ration&#8221;, un \u00e9tat d&#8217;esprit conservateur ou des pr\u00e9jug\u00e9s selon lesquels ils ne pourraient pas parler allemand. M\u00eame les personnes Noires ayant des locks en Allemagne doivent encore injustement se battre : on a souvent demand\u00e9 \u00e0 mon ex-ami s&#8217;il vendait de la drogue, alors qu&#8217;il ne consomme ni marijuana, ni cigarettes, ni alcool. Un autre ami a subi des pressions au travail (bureau d&#8217;ing\u00e9nieurs) pour qu&#8217;il se coupe les dreadlocks s&#8217;il voulait monter en grade. Et ce ne sont certainement pas des cas isol\u00e9s. Ainsi que des cas qui ne me sont pas arriv\u00e9s en tant que femme blanche portant des dreadlocks. Malheureusement, le racisme (\u00e0 petite ou \u00e0 grande \u00e9chelle) est toujours r\u00e9pandu, il reste beaucoup \u00e0 faire pour nous en tant que soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">P.S. D&#8217;une certaine mani\u00e8re, l&#8217;exp\u00e9rience du personnage fictif Saraswati dans le livre &#8216;Identitti&#8217; de Mithu Sanyal est \u00e0 la fois comparable et totalement diff\u00e9rente. De toute fa\u00e7on, je l&#8217;ai per\u00e7u comme une &#8216;nourriture pour le cerveau&#8217; tr\u00e8s nourrissante sur des questions telles que ce que signifie r\u00e9ellement la race, m\u00eame si je suis probablement sortie du livre avec plus de questions que de r\u00e9ponses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">P.P.S. Je ne sais pas si cela a de l&#8217;importance, mais ma tante (par alliance) africaine (de l&#8217;Est) m&#8217;a fait mes premi\u00e8res tresses pour mon anniversaire quand j&#8217;avais environ 11 ans. J&#8217;ai trouv\u00e9 \u00e7a vraiment formidable \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, ce cadeau. Je ne l&#8217;oublierai jamais car sur la photo de classe correspondante&#8230; juste avant, \u00e0 la r\u00e9cr\u00e9ation, mes amies m&#8217;ont aid\u00e9e \u00e0 d\u00e9faire les tresses&#8230; au lieu d&#8217;avoir des cheveux spaghettis ennuyeux, j&#8217;avais des cheveux super volumineux et fris\u00e9s. Mais cela n\u2019a dur\u00e9 plus que quelques heures \u00e0 mon grand regret.<\/p>\n<p><strong>\u00c0 propos de l&#8217;auteur<\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;auteure est une universitaire\/doctorante blanche, par ailleurs assez privil\u00e9gi\u00e9e, qui travaille dans le domaine du postcolonialisme. Dans son billet de blog, elle r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 la question de savoir si l&#8217;appropriation culturelle est n\u00e9gative en soi, ou s&#8217;il peut aussi y avoir des formes appr\u00e9ciatives d&#8217;appropriation d&#8217;aspects culturels qui ont jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent \u00e9t\u00e9 n\u00e9glig\u00e9s par le d\u00e9bat. Le d\u00e9bat \u00e9tant souvent tr\u00e8s tendu, elle a d\u00e9cid\u00e9 de publier son texte sous un pseudonyme.<\/p>\n<p>&#8212;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Tout comme d&#8217;autres cat\u00e9gories comme ce qui est appel\u00e9e &#8216;<em>race<\/em>&#8216;, je ne con\u00e7ois pas &#8216;<em>blanc<\/em>&#8216; comme une cat\u00e9gorie biologique. N\u00e9anmoins, il s&#8217;agit d&#8217;une cat\u00e9gorie puissante qui, dans ce cas, d\u00e9crit la position privil\u00e9gi\u00e9e de celui ou celle qui ne fait pas l&#8217;exp\u00e9rience du racisme en raison de sa <em>blancheur<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Je suis une (cis)femme <em>blanche<\/em>, pas en situation de handicap, sans religion, plut\u00f4t h\u00e9t\u00e9rosexuelle, issue d&#8217;une famille allemande de classe moyenne et j&#8217;ai deux dipl\u00f4mes universitaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Si vous ne connaissez pas (ou seulement superficiellement) le d\u00e9bat sur l&#8217;appropriation culturelle, je vous recommande de chercher ce mot-cl\u00e9 sur Internet et de lire en particulier les articles\/podcasts, etc. d&#8217;auteurs et d\u2019autrices Noir-e-s qui d\u00e9fendent la position oppos\u00e9e, afin de vous faire une id\u00e9e plus compl\u00e8te. Ce blog ne refl\u00e8te en aucun cas le d\u00e9bat en lui-m\u00eame, mais est plut\u00f4t une r\u00e9action \u00e0 la position dominante dans les milieux antiracistes dans le d\u00e9bat (allemand\/europ\u00e9en\/am\u00e9ricain), selon laquelle l&#8217;appropriation culturelle par les personnes <em>blanches <\/em>serait toujours enti\u00e8rement n\u00e9gative, car toujours appropriative \u00e0 la mani\u00e8re (n\u00e9o)coloniale, et ne pourrait pas non plus \u00eatre valorisante et consciente des asym\u00e9tries de pouvoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Aujourd&#8217;hui, je suis consciente que, inversement, cela n&#8217;arrive pas si vite aux personnes Noires dans le Nord global, car la soci\u00e9t\u00e9 majoritaire raciste leur rappelle sans cesse qu&#8217;elles sont suppos\u00e9es \u00eatre diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> BPOC signifie &#8216;Black and People and Colour&#8217;, c&#8217;est-\u00e0-dire toutes les personnes qui ne sont pas <em>blanches<\/em>. Et oui, maman, cela inclut par exemple les personnes en Allemagne qui selon toi ont une apparence asiatique, c&#8217;est-\u00e0-dire qu&#8217;il ne s&#8217;agit pas seulement de la couleur de peau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00e9crit par Bruni Sonne (Ce texte est \u00e9galement disponible en allemand et en anglais.) Je suis blanche[1], allemande, de sexe f\u00e9minin et, dans l&#8217;ensemble, assez privil\u00e9gi\u00e9e[2], d\u00e9j\u00e0 en Allemagne &#8211; et d&#8217;autant plus \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle mondiale. J&#8217;ai port\u00e9 des dreadlocks pendant six ans et en plus tr\u00e8s souvent des v\u00eatements en tissu africain. Maintenant, tu &hellip; <a href=\"https:\/\/convivialthinking.org\/index.php\/appropriation-appreciative\/\" class=\"more-link\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\"> &#8220;Appropriation appr\u00e9ciative des aspects culturels?&#8221;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":207,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","meta":{"_bbp_topic_count":0,"_bbp_reply_count":0,"_bbp_total_topic_count":0,"_bbp_total_reply_count":0,"_bbp_voice_count":0,"_bbp_anonymous_reply_count":0,"_bbp_topic_count_hidden":0,"_bbp_reply_count_hidden":0,"_bbp_forum_subforum_count":0,"om_disable_all_campaigns":false,"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"_uf_show_specific_survey":0,"_uf_disable_surveys":false,"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-2230","page","type-page","status-publish","hentry","category-speaking"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/convivialthinking.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/2230","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/convivialthinking.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/convivialthinking.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/convivialthinking.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/207"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/convivialthinking.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2230"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/convivialthinking.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/2230\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2236,"href":"https:\/\/convivialthinking.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/2230\/revisions\/2236"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/convivialthinking.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2230"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/convivialthinking.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2230"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/convivialthinking.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2230"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}